Aujourd’hui au pied du lit





Aujourd’hui au pied du lit, la mue d’une existence devenue étroite & dans laquelle je me contorsionnais sans trouver la juste mesure ; j’ai songé merde au politiquement correct, la communication non violente, l’éducation bienveillante & l’amour dans le noir, silencieux et ennuyeux ; moi je veux des pièces enfumées, des baisers volés, de la salive, des mains dans des nuques, je veux que les voisins gueulent parce que la musique est trop forte, je veux des conflits et pinailler sur les articles du monde diplo, des heures dans des cafés, jusqu’à ce que tombe sur nous la nuit ; alors seulement, se soucier du temps passé. Je veux des corps qui se confrontent et se désirent et se battent et sortent de leurs espaces confinés, je veux des mouvements, de la danse, de la maladresse et des ratés, je veux des larmes et des rires bruyants, des muscles douloureux, des veines apparentes, des gueules cassées, des verres brisés, d’autres remplis ; ah, je veux des bébés qui dorment dans le bruit de leurs parents qui n’ont pas oublié de vivre, je veux des concerts sauvages, des guitares mal accordées, des lampions grésillants et qu’on râle sur les foutus moustiques l’été, je veux la peau qui pue la vase après se baigner dans la mousse des rivières, des idées partagées, des concepts imaginés ; se poser des questions, ne pas se poser de questions, se dire qu’on peut oublier cinq minutes les règles, donner du temps au temps, ne faire exister que l’instant ; je veux des abyssales angoisses existentielles, un peu de Moustaki sur la platine, des sourires complices, des gosses sans contraintes, qui se vautrent suffisamment mais qui ne s’abîment pas, de ceux qui grandissent avec pour modèles des parents imparfaits et aimants. Je veux des amis endormis sur mon canapé et m’éveiller sous d’autres fenêtres que les miennes ; je veux du silence pendant les résidences, de la concentration, le plaisir du labeur et de l’esprit sans cesse sollicité. Je veux du sale et du songé, du sperme sur le ventre & de l’eau à mon moulin, des livres à relire, d’autres à écrire ; je suis une fille de peau et d’élan, de concentration aussi, d’intensité ; une fille de l’effort, piquetée d’émotions ; et toi, vous en êtes où ?

sur la photographie,

les traits tirés de n’avoir pas encore dormi

dans l’aube naissante,

le corps lassé de danse, ivre de caresses,

les idées lucides,

la gaieté gravée

mardi 20 mars 2018 , par Marie

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